28 décembre 2008

Propositions pour un audiovisuel public indépendant


Comme nous avons pu le constater, la réforme engagée par le gouvernement sur l'audiovisuel public pose de nombreux problèmes. Ces problèmes ont tous pour objet l'indépendance des médias publics. Ces problématiques ayant été largement retransmises et discutées sur les ondes et dans la presse écrite, nous ne nous y arrêterons pas. Cependant, nous allons aborder une alternative possible au système de type ORTF que le gouvernement nous impose.

A tout bien réfléchir, le problème de l'indépendance des médias publics vient en particulier de l'origine et de la continuité des financement de ces médias. La seule façon de rendre indépendants France Télévision et Radio France, et de trouver une méthode de financement ne faisant ni appel directement à l'État, de manière à ce que celui ci ne puisse pas faire pression en diminuant les budgets alloués à l'audiovisuel, ni aux grands capitaux, pouvant détourner l'information et concocter une grille de programmes rendant agar la population pour capter un audimat valant de l'or. Il s'agirait donc de promouvoir un organisme institutionnel indépendant, ayant ces propres ressources et ne répondant pas de la loi des marchés, pour garantir la qualité plutôt que la rentabilité.

Dans le paysage institutionnel français, une institution se démarque des autres de cette manière : la Sécurité Sociale. Son fonctionnement est extrêmement compliqué, mais les grandes lignes relatives à son financement sont très intéressantes. Imaginons un institut médiatique public, envers lequel l'État aurait transféré un certain nombre de taxes sur les autres médias, par exemple, qui aurait ainsi des ressources ne passant pas par l'institution étatique, à l'image des cotisations salariales vis-à-vis de la Sécu. Cet institut aurait une indépendance financière totale. Il ne tient qu'à elle de rechercher des financements extérieurs, sans ouvrir le capital de l'institut au privé, pour garder un éloignement avec les sphères financières obscures du CAC 40.

Une fois l'indépendance financière garantie, orientons la présidence de l'institut de façon à ce que le peuple puisse décider. Par exemple en impliquant les partenaires sociaux, l'Assemblée, les collectivités territoriales. L'implication des niveaux locaux de l'administration française et des sections locales des partenaires sociaux étant primordiales concernant les médias publics régionaux comme peut l'être France 3 et France Bleue. Il semble aussi souhaitable que la profession soit présente dans l'administration de l'institut.

Voici les grands traits de ce que pourrait être l'une des alternatives au nouvel ORTS (Office de Radiodiffusion Télévision Sarkozienne).

27 décembre 2008

Qui veut gagner des milliards

Tous les jours les médias nous bombardent de données chiffrées : dix millions par ci, quinze milliards par là... mais que représentent ces myriades de zéros ? Car en valeur absolue ces nombres n'évoquent pas grand chose pour le commun des mortels, à l'exception de vagues comparaisons avec les fortunes de nos "chères" élites ou bien à l'évocation des gains faramineux des vainqueurs d'Euromillions.

Voici donc quelques indications pour mettre en perspective les chiffres qu'on nous donne en pâture souvent sans explications ni bases de comparaison :

MJS Savoie 73 - Qui veut gagner des milliards.JPG


Et maintenant méditez ces deux affirmations extraites du Rapport 2003 du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) :

"En 2002, les 7 plus grosses fortunes du monde possédaient ensemble plus que le PIB total du groupe des 49 pays les moins avancés, où vivent 650 millions d’individus."

"Somme nécessaire pour assurer à la totalité de la population les services de base, tels qu’une alimentation décente, l’accès à l’eau potable, l’éducation primaire et l’accès aux soins de base : 80 milliards de dollars par an pendant 10 ans."




PS : Les sources des statistiques livrées sont consultables sur ce document : MJS -Qui veut gagner des milliards - TableauSources.xls

10 décembre 2008

La Déclaration Universelle des Droits de l'Homme fête ses 60 ans

Les auteurs de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme étaient ils assez pessimistes pour penser que soixante années après leurs efforts il serait nécessaire d’en célébrer l’anniversaire dans le but de rappeler que les atteintes aux droits de l’homme sont toujours monnaie courante sur tous les continents ? Le concept de droits de l’homme s’est étendu depuis l’élaboration de cette Déclaration qui faisait suite à presque quatre décennies de barbaries en tous genres. Quelques mois de grâce précédant une Guerre Froide caractérisée comme son nom l’indique par le gel relatif des relations diplomatiques entre les puissances antagonistes, l’ONU, commanditaire dudit texte, parvint à produire et faire accepter par la communauté internationale un document énonçant les libertés fondamentales dont pouvaient se prévaloir les individus par delà les frontières sans restriction aucunes. Cette déclaration dynamisa la production internationale de déclarations et normes relatives aux droits humains qui se multiplièrent au fil des décennies suivantes : Convention Européenne des Droits de l’Homme (1950) et création de la juridiction européenne éponyme ; Convention de Genève ; Pactes internationaux relatifs aux droits civiques (1966), économiques et sociaux la même année ; chartes relatives à l’utilisation d’armes « sales » ; textes promouvant le respect du droit des Femmes, ou attentifs à la protection des droits de l’enfant, etc. La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme a donc permis la reconnaissance de l’existence de droits inaliénables, qu’elle qu’en soit l’appellation (libertés fondamentales, droits de l’homme ou droits humains, l’objet ici n’est pas d’en donner une définition rigoureuse). Pourtant, son application et celle des chartes et normes qu’elle a plus ou moins directement engendrées demeure encore très insuffisante et révèle la difficulté à accorder verbe et action dans la promotion d’un plus grand respect de ces droits, le minimum auquel tout individu devrait pouvoir prétendre. Un « minimum » qui se cantonne encore trop souvent au rang d’ « idéal ».


La France, d’abord, auréolée du joli sobriquet de « patrie des droits de l’homme », pourtant classée par Reporters Sans Frontières au 35ème rang des pays accordant des libertés suffisantes aux journalistes…derrière la Namibie ou la Lituanie. Un positionnement peu enviable. La France encore, condamnée à maintes reprise par la Cour Européenne des Droits de l’Homme, pour son irrespect des normes relatives aux conditions de détentions pénitentiaires. Cent six suicides recensés dans les prisons et de nombreux mineurs parmi les victimes. La France toujours et des centres de rétention où l’on dépense 39 € par jour et par immigré en situation irrégulière contre 300 € en Suède dans des centres dits d’ « insertion ». Nombreux sont les domaines où la France ne fait pas figure de modèle. Et le gouvernement en rajoute : fichier Edvige – ou quelque soit l’acronyme – de recensement à usage policier(lequel a fait l’objet d’une sévère condamnation par le Comité International des Droits de l’Homme en juillet dernier, dans l’indifférence générale), durcissement des conditions de reconnaissance du statut de réfugié politique et restrictions du droit d’asile… La France n’agit pas de manière exemplaire et le Président de la République multiplie les « coups » diplomatiques qui vont dans le sens inverse du combat souhaité, tels la réception officielle du chef de l’Etat libyen ou la participation à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques dans un pays tancé pour sa méconnaissance quasi-totale de l’existence des droits de l’homme.

On assiste donc à la pratique d’une diplomatie des droits de l’homme noyautée par des impératifs commerciaux et économiques, invoquant le réalisme au nom de l’efficacité. On considère ainsi d’abord l’intérêt de la société Carrefour en Chine plutôt que les bafouements répétés des droits des défenseurs de la cause du Tibet dans ce même pays. Il fut un temps pas si lointain – bizarrement Bernard Kouchner était en pointe dans cet exercice – où on parlait de droit d’ingérence. On l’a suggéré pour les massacres de civils au Darfour, on en parle pour le Kivu, on l’évoque pour le Zimbabwe, mais en définitive rien ne vient mettre fin à des situations humainement désastreuses alors que des mécanismes d’intervention doivent être inventés pour que les droits de l’homme ne dépendent pas de l’origine géographique des individus qui y prétendent, d’où leur qualification d’universels.

C’est peut-être le sens de la DUDH, qui a donné naissance à des droits d’un genre nouveau. Des droits opposables à l’Etat qu’il convient de conférer aux citoyens en échange de la part de liberté qu’ils abandonnent au profit de la société. Droit à la protection sociale, droit au travail, droit à l’éducation, droit de grève ou encore droit au logement, ils furent internationalement consacrés à l’issue de la proclamation de la Déclaration de l’ONU ce 10 décembre 1948. Malgré le vide juridique qui l’entoure, cette déclaration reste d’actualité dans l’ensemble de la communauté internationale et son application effective doit être en ligne de mire de toutes les initiatives politiques. En tant que militants de gauche nous devons rappeler notre attachement à ce que l’Etat prenne ses responsabilités et honore ses engagements politiques et moraux vis-à-vis des citoyens nationaux mais aussi des victimes de ce monde qui ne peuvent compter sur aucun gouvernement pour voir progresser leur situation : les gouvernants doivent mener une vraie politique volontariste de conquête des droits de l’homme où il ne s’agirait pas d’encourager le développement de ces droits au détriment du développement économique mais au contraire d’analyser ce dernier comme une composante du processus d’expansion de l’effectivité des libertés fondamentales. Ainsi que l’ont souligné successivement René Cassin, représentant de la France au sein du Comité de rédaction de la DUDH, Mary Robinson, ancienne Haute Commissaire aux Droits de l’Homme des Nations Unies, ou encore Kofi Annan, alors secrétaire général de l’Institution, les droits civils et politiques n’ont de sens que corroborés au respect et à la garantie des droits sociaux, économiques et culturels. En aucun cas de tels droits ne sauraient être considérés comme un attribut dont la jouissance serait réservée aux populations des pays « développés ».

Nous vous invitons donc à (re)découvrir le texte de la Déclaration au moyen de cette traduction officielle disponible sur le site des Nations Unies:


http://www.un.org/french/aboutun/dudh.htm


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